Le marché boursier coréen a enregistré l’une de ses meilleures séances de l’été le 10 juillet 2026 : le KOSPI, l’indice de référence de la Bourse de Séoul regroupant quelque 800 sociétés cotées, a clôturé à 7 577,48 points, en hausse de +3,92 %. Derrière l’enthousiasme des gros titres, cependant, les données de marché invitent à la prudence.
Un rebond technique, pas un retournement de tendance
La grande majorité des valeurs cotées reste en dessous de leurs moyennes mobiles à long terme. À la clôture du 10 juillet, seulement 16,9 % des actions du KOSPI se négociaient au-dessus de leur moyenne mobile à 50 jours, et 22,2 % au-dessus de la moyenne à 200 jours — des niveaux qui témoignent d’une largeur de marché (market breadth) encore très étroite. La séance du jour s’apparente davantage à un rebond technique porté par quelques secteurs leaders qu’à un retournement de tendance généralisé.
Les trois moteurs de la hausse ont été les semi-conducteurs, le secteur énergie-électricité et la construction navale — trois secteurs qui bénéficient d’une demande structurelle mondiale. À l’inverse, les assurances dommages ont sous-performé, pénalisées par des inquiétudes sur la sinistralité liée aux précipitations exceptionnelles qui touchent actuellement la péninsule coréenne.
Samsung Electronics et SK Hynix : deux vitesses, deux histoires
Au cœur de la journée se trouve une divergence frappante entre les deux géants coréens de la mémoire.
Samsung Electronics (005930.KS), le plus grand fabricant de semiconducteurs de Corée du Sud et premier producteur mondial de DRAM et de mémoire NAND, a progressé de +2,5 % sur la séance. Surtout, les investisseurs étrangers ont effectué des achats nets de 193,65 milliards de wons sur le titre, et les institutionnels coréens ont suivi avec 667,32 milliards de wons d’achats nets supplémentaires. Ce double soutien étranger-institutionnel est le premier signal positif de flux depuis plusieurs séances.
La performance sur cinq jours reste toutefois dégradée (-7,9 %), ce qui indique que la correction récente n’a pas encore été pleinement effacée. Le rebond d’aujourd’hui est encourageant, mais il appelle à une confirmation dans les prochaines séances — notamment en termes de continuité des flux étrangers et de récupération du terrain perdu sur la semaine glissante.
SK Hynix (000660.KS), deuxième fabricant mondial de DRAM et pionnier des puces HBM (High Bandwidth Memory) utilisées dans les infrastructures d’intelligence artificielle, présente un tableau plus contrasté. Malgré un contexte sectoriel favorable, le titre a légèrement reculé (-0,3 % en séance) et affiche une baisse de -10,1 % sur cinq jours. Plus significativement, les investisseurs étrangers ont vendu 1 718,11 milliards de wons nets sur la valeur — une sortie massive qui contraste avec les achats institutionnels de 461,45 milliards de wons.
Cette divergence entre flux étrangers et institutionnels sur SK Hynix mérite attention. Les institutionnels coréens semblent acheter le repli sur les fondamentaux à long terme, tandis que les investisseurs internationaux allègent temporairement leur exposition. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette pression vendeuse étrangère : rééquilibrage de fonds indiciels, prise de bénéfices après la surperformance des puces HBM en 2025-2026, ou prudence avant la prochaine publication de résultats trimestriels.
Nanya Technology : un signal externe pour le cycle DRAM
L’un des éléments les plus intéressants de la journée ne vient pas de Corée, mais de Taïwan. Nanya Technology, troisième fabricant mondial de DRAM, a annoncé une forte hausse de ses prix de vente moyens (ASP) accompagnée de marges exceptionnellement élevées. Ce signal externe constitue une validation indépendante de la thèse de redressement des prix mémoire.
Pour les investisseurs en actions coréennes des semiconducteurs, les données de Nanya fonctionnent comme un indicateur avancé : quand un acteur de second rang améliore ses marges, cela signifie généralement que le cycle de prix s’est retourné pour l’ensemble du secteur. Samsung Electronics et SK Hynix, qui contrôlent ensemble plus de 70 % de la production mondiale de DRAM selon les données KRX et les rapports sectoriels, devraient être les premiers bénéficiaires d’une telle dynamique.
Ce signal positif ne suffit toutefois pas à lui seul à compenser les pressions de flux à court terme observées sur SK Hynix aujourd’hui.
Au-delà de la mémoire : substrats IA et matériaux avancés
Une tendance moins visible mais structurellement importante émerge dans la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle : la pénurie de substrats pour serveurs IA et de matériaux de packaging avancés. Les fabricants de cartes mères haute densité et de matériaux d’encapsulation — dont plusieurs acteurs coréens de niche cotés au KOSDAQ — bénéficient d’une demande qui dépasse leurs capacités de production actuelles.
Trois valeurs ont émergé dans les écrans de détection de momentum le 10 juillet : PSK Holdings (피에스케이), TSE (티에스이) et Tiger Electric (타이거일렉). Ces sociétés affichent des scores de force relative (RS) compris entre 96,8 et 98,6 — signifiant qu’elles surperforment 96 à 98 % de l’univers coté sur les indicateurs de momentum — avec une confirmation par les volumes. Toutefois, avec une largeur de marché aussi étroite, ces signaux relèvent davantage de la surveillance que de l’action immédiate : un marché où moins d’un quart des valeurs est en tendance haussière à long terme n’est pas le contexte idéal pour des entrées agressives sur des valeurs moyennes.
Secteurs en marge : énergie et naval confirment leur dynamique
SK Gas (018670.KS), acteur coréen du GNL et du LPG, a progressé de +2,4 % avec des flux relativement neutres, et affiche une performance stable sur cinq jours (-0,9 %), témoignant d’une résistance relative dans un environnement de marché agité.
Le secteur de la construction navale coréenne figure également parmi les gagnants de la séance, porté par une demande persistante de navires GNL et de méthaniers dans un contexte de transition énergétique mondiale.
SK Square (402340.KS), holding technologique qui détient notamment une participation significative dans SK Hynix, a bondi de +6,2 % en séance — probablement par effet de rattrapage après une baisse de -11,3 % sur cinq jours. La nature technique de ce mouvement invite à davantage de prudence quant à sa durabilité.
Points de surveillance pour le 11 juillet 2026
Pour évaluer si le rebond du 10 juillet marque le début d’une tendance plus solide ou reste un simple sursaut technique, les indicateurs clés à suivre dès demain sont :
- Continuité des flux étrangers sur Samsung Electronics : un deuxième jour consécutif d’achats nets étrangers consoliderait le signal de rebond.
- Modération des ventes étrangères sur SK Hynix : une stabilisation des flux internationaux est nécessaire avant d’envisager une reprise durable du titre.
- Comportement de PSK et TSE en cours de séance : le maintien des volumes et un franchissement des plus hauts intrajournaliers récents constitueraient une confirmation technique du momentum.
- Évolution de la largeur de marché : la proportion de valeurs au-dessus de leurs moyennes à 50 et 200 jours devra progresser pour valider un retournement de tendance à l’échelle du KOSPI.
Conclusion : discipline avant opportunisme
La séance du 10 juillet 2026 sur le KOSPI illustre parfaitement la complexité du cycle actuel des actions coréennes : un rebond sectoriel fort, porté par des catalyseurs fondamentaux réels — reprise des prix mémoire, demande IA structurelle, signaux taïwanais encourageants —, mais une base de marché encore trop étroite pour parler de retournement généralisé.
Pourquoi les investisseurs étrangers vendent-ils massivement SK Hynix malgré des fondamentaux solides ? La réponse tient probablement à une combinaison de gestion des risques à court terme, de rééquilibrage indiciel et d’attentisme avant les prochaines publications. La confirmation d’un cycle haussier durable sur les semi-conducteurs coréens passera par la convergence des flux institutionnels et étrangers — un signal qui, pour l’heure, reste à confirmer.